Dans son discours sur l’état de l’Union, Ursula von der Leyen a posé un constat clair : « l’Europe ne pourra pas rester une puissance industrielle si les prix de l’énergie y sont structurellement trop élevés ». Elle fixe désormais l’objectif de doubler la part de l’électricité d’ici 2040, afin notamment de réduire la dépendance européenne aux importations d’énergies fossiles.
Cette orientation rejoint directement les conclusions de la mission consacrée à l’électrification de l’industrie menée par Raphaël Schellenberger : l’électricité décarbonée doit devenir un outil de compétitivité et de souveraineté industrielle.
Mais produire de l’électricité ne suffit plus : encore faut-il la consommer. En France, près de 90 TWh ont été exportés en 2025, pour plus de 5 milliards d’euros, tandis qu’EDF estime avoir modulé à la baisse sa production nucléaire de près de 30 TWh. Ces chiffres illustrent le décalage entre les capacités de production retrouvées et une consommation électrique qui ne progresse pas suffisamment.
L’enjeu est donc désormais de conduire une véritable politique de la demande électrique, notamment en accélérant le remplacement du gaz, du fioul ou du charbon dans les procédés industriels. La France dispose pour cela d’un avantage rare en Europe avec son électricité largement décarbonée. Elle doit pouvoir transformer cet avantage énergétique en avantage industriel.
Le système européen doit accompagner cette dynamique sans conduire tous les États vers une même moyenne. Les pays disposant d’un système électrique particulièrement favorable doivent pouvoir conserver cet avantage et l’utiliser pour produire davantage en Europe.
Enfin, l’électrification ne doit pas conduire à « importer notre décarbonation ». Le risque serait de réduire nos émissions territoriales en affaiblissant parallèlement notre appareil productif et en important davantage de biens fabriqués dans des pays tiers. Le discours d’Ursula von der Leyen alerte bien sur le déséquilibre commercial avec la Chine et les dépendances européennes, mais ce lien entre décarbonation et localisation de la production doit être davantage affirmé.
L’Europe a désormais fixé le cap de l’électrification. Il reste à en faire une véritable politique industrielle : consommer notre électricité décarbonée pour produire, investir et créer de la valeur en Europe.

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